Je fais une énième pause. Je n'ai pas envie de travailler aujourd'hui. J'ai mal à la tête et je me dis "vivement samedi prochain". C'est chaque fois la même chose. Le dimanche je suis censée travailler pour rattraper ce que je n'ai pas eu le courage de faire le samedi. Mais, bien souvent, je suis trop optimiste et je ne tiens pas le planning que j'ai rédigé le matin même.
Mardi dernier, dans l'amphi, avant le cours de l'après-midi, un D1 s'est assis à côté de moi. Il voulait faire signer une pétition à tout l'amphi. J'ai ri. Il m'a dit "alors, ça se passe bien?" j'ai du faire une tête bizarre parce qu'il m'a demandé plus de détails et là, à cet inconnu, je lui ai dit que je n'aimais pas le prof de bio cellulaire, que j'étais totalement en retard sur les cours à apprendre et que, mince de mince, je n'y arriverai jamais. Il a laissé une pause et il m'a dit "tu sais, les moments où on en a marre, les moments durant lesquels on aimerait penser à tout sauf à médecine, ça arrive, tu vois, ce qu'il faut faire c'est décrocher totalement pendant un après-midi, tu vois tes amis et tu te crées une bulle anti-médecine" et là, il m'a fait sourire. Parce que je crois que je suis arrivée à un moment où. Je sature (un peu). Je ne suis pas du tout au point de l'abandon parce que médecin est la seule chose qui me vient à l'esprit quand je m'imagine avec un métier plus tard. Mais. J'en ai marre de ne plus avoir de vie sociale, que les gens me regardent comme de la concurrence, j'en ai assez de pleurer dans mon lit, le soir, de ne plus avoir la force de lire, d'écrire. De ne plus avoir la force de rien.
Réellement, physiquement et psychologiquement, c'est une épreuve.
Pendant mes pauses je fouille mon ordi, j'oublie le dossier "UVSQ" pendant quelques minutes et je vais dans celui "Images" puis "Amis" et je revis nos instants ensemble. Je suis tombée sur les photos de Pornichet (je ne dirai pas par hasard parce que je ne crois plus tellement en lui, ces temps-ci) et il y a eu cette photo de coucher de soleil, lorsque nous mangions sur la plage nos moules frites et que nous buvions du cidre tout en sympathisant avec les serveurs. Je. Je me suis souvenue de notre insouciance qui n'en était pas vraiment. Je me suis souvenue de la façon dont on disait "médecine" quand des inconnus nous demandaient, le long de la plage, ce que nous allions faire à la rentrée. C'est dingue, ça. Comme on peut idéaliser les choses avant de les vivre, comme on peut se dire que tout ce que les gens peuvent nous raconter ce sont des erreurs, des foutaises, comme on peut croire que ce ne sera pas pareil pour nous...
Dreams are my reality, comme dirait l'autre. Tu parles. Si mes rêves étaient la réalité, j'aurais déjà vingt ans, vendredi je serais allée chercher mon stéthoscope, et je me serais pavanée avec dans les rues pour dire "ça y'est, je suis médecin, ça y'est, je suis ce que j'attends depuis le cm2, ça y'est, je suis moi"







